Musique générée par IA sur Groover : ce qu’un curateur lui répond vraiment

Le constat : l’IA est arrivée dans notre boîte de réception

Curateur sur Groover, Otomo Records écoute et répond à des centaines de morceaux. Depuis quelque temps, une proportion croissante d’envois porte la mention « Assisté par IA : production uniquement ». Voix lisses, mix propre, structure impeccable... et personne derrière.

Prenons un cas réel, anonymisé dans l’esprit : un single pop nostalgique, « 90s Love », pitché avec soin, un récit marketing soigné et une promesse de « grand rollout estival ». Techniquement, rien à reprocher. Et pourtant, notre réponse a été claire : un morceau bien produit n’est pas un projet artistique.

Notre position : on ne juge pas l’outil, on juge l’incarnation

Nous ne sommes pas contre la technologie. Le studio Otomo travaille le son et le sound design : nous utilisons des outils numériques tous les jours. Le débat n’est pas « IA ou pas IA », il est « qui est là, derrière la musique ? »

1. L’écoute ne suffit plus, le public cherche une présence

Les auditeurs ne s’attachent pas seulement à un son. Ils s’attachent à un visage, une histoire, une trajectoire, une voix qui a vécu quelque chose. Un morceau sans récit incarné reste un produit audio : agréable, interchangeable, vite oublié.

2. Cohérence entre son, image et présence

Un projet artistique solide, c’est un univers : visuels, storytelling, scène, réseaux, prises de position. Quand tout est généré, rien ne relie le morceau à une expérience réelle. L’émotion est simulée, pas vécue, et l’auditeur le sent, même sans pouvoir l’expliquer.

3. La question de la transparence

Déclarer l’usage de l’IA est un premier pas honnête, et nous le saluons. Mais la transparence ne remplace pas la direction artistique. Dire « assisté par IA » ne répond pas à la question centrale : quel est votre apport créatif ?

4. Le débat éthique et juridique

  • Les données d’entraînement : de nombreux modèles ont été entraînés sur des œuvres d’artistes sans consentement ni rémunération. Valoriser leurs sorties sans questionner cela pose un problème de fond.

  • Le droit d’auteur : dans beaucoup de juridictions, une œuvre générée sans apport humain substantiel est difficilement protégeable. Pour un artiste, c’est un risque économique réel.

  • L’équité : des milliers d’artistes passent des mois à écrire, enregistrer, mixer. Mettre sur le même plan un morceau généré en quelques minutes dévalorise ce travail.

  • La saturation : la production de masse noie les plateformes. Pour les curateurs, la rareté de l’attention rend le tri de plus en plus nécessaire, et plus exigeant.

5. Ce que l’IA peut légitimement apporter

Nous ne sommes pas dogmatiques. Maquettes, idées d’arrangements, aide au mixage, outils d’accessibilité : l’IA peut servir un artiste. La différence est simple : l’IA comme outil d’un artiste, oui ; l’IA comme substitut à l’artiste, non.

Comment nous répondons aux envois assistés par IA

Notre ligne de réponse tient en quelques principes, que tout curateur peut reprendre :

  1. Reconnaître la qualité technique sans condescendance : un travail propre mérite d’être dit.

  2. Nommer la vraie limite : l’incarnation, pas le son. Le retour reste constructif.

  3. Rappeler que l’audience se construit sur l’humain : visage, histoire, scène, constance.

  4. Poser la question de l’apport créatif : qui écrit, qui interprète, qui décide ?

  5. Encourager sans promettre : avec une identité plus affirmée, le projet peut gagner en impact.

Conclusion

L’IA ne va pas disparaître de la musique, et ce n’est pas notre combat. Notre exigence, elle, ne change pas : nous relayons des artistes, pas des fichiers audio. Si vous envoyez un morceau assisté par IA, montrez-nous la personne, l’intention et l’histoire. C’est là que la curation commence.

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